Dix-huits stations ont été expertisées en 2024 par pêche à l’électricité dans l’objectif d’obtenir l’indice IPR et ainsi conforter les connaissances sur le bon fonctionnement des peuplements présents sur les 3 bassins versants de la Lozère (Adour-Garonne, Loire-Bretagne et Rhône-Méditerranée). Les conséquences de la sécheresse de 2022 sur ces cours d’eau de gabarit moyen n’étaient pas encore connues. Après un été 2022 très sec, les températures sont redescendues et l’étendu des cours d’eau « asssecs » s’est stabilisé. La sécheresse s’est malheureusement poursuivie pendant l’automne 2022 et l’hiver 2023. Il aura fallu attendre les pluies efficaces de fin mai / début juin 2023 pour voir la situation hydrologique revenir à la normale. Malgré tout, en plus de ces différents phénomènes hydrologiques défavorables sur les 2 dernières années, des crues printanières sont venus altérés les peuplements en 2024 et on fortement altéré la reproduction de la truite fario et des cyprinidés d’eau vive.
La carte suivante rassemble tous les résultats. Le bilan est mitigé avec aucune station de qualité excellente, 11 stations avec un indice jugé « bon » et 7 stations avec un indice jugé « médiocre ». Malgré le contexte 2024, les indices se sont bien maintenus malgré une forte érosion des effectifs (tout poisson confondu).
Le bassin des Gardons présente des stations avec des indices « bons ». Cette année la station du Dourdon passe de qualité excellente à bonne et perd une classe. Il en est de même pour la station du Gardon de saint Frézal qui passe en qualité médiocre. Il s’agissait de poursuivre les stations suivies depuis plus de 5 ans maintenant. Peu d’évolution sur l’indice poisson même si les densités, en particulier sur la station du Dourdon, ont fortement diminuées. Par contre, si les densités d’effectifs et en biomasse sont en chute (parfois de moitié), on retrouve toujours toutes les espèces, ce qui renforce la qualité de l’Indice Poisson Rivière (présence de chabots, blageons et même du barbeau méridional sur le Gardon de Sainte-Croix VF).
Sur le bassin de l’Altier/Chassezac, un seul secteur a été prospecté et présentent un indice médiocre. Les résultats sur l’Altier sont quasi-identiques aux autres années avec un peuplement majoritairement composé de truites fario (quelques vairons). Le recrutement en juvéniles de truites est en forte chute dans un contexte de crue printanière importante. Le programme de travaux concernant l’assainissement de Cubières sur la tête de bassin de l’Altier a été finalisé. Pour le moment, on n’observe pas de modification du peuplement et de l’indice sur cette station au niveau du Château du Champs. A noter un développement de cyanobactéries observé sur la retenue de Villefort dont la côte touristique a pu être maintenu pendant la période estivale 2024.
Deux stations ont 0été expertisées sur le bassin du Tarn. Il s’agit de celle du Bramont d’Ispagnac qui est suivi dans le cadre de la pollution aux hydrocarbures (2018) et celle du Tarnon en aval de Vebron. L’indice est classé bon en 2024 sur le Tarnon et médiocre sur le Bramont. Malgré ce dernier résultat, on a pu observer une recolonisation de l’axe en amont immédiat de la confluence avec le Tarn. La truite fario est présente encore en très faible densité, le milieu récepteur est désormais exempt de pollution et la recolonisation par la truite devrait se faire très rapidement. On retrouve pour le moment principalement des truitelles. Par contre, aucune écrevisse à pattes blanches n’a encore été observée. Sur la station du Tarnon, on retrouve une belle diversité en termes de peuplements même si les densités sont en forte diminution pour la truite fario (conséquence de la sécheresse et des crues). L’indice est jugé bon.
Sur le Haut-Allier, trois stations ont été expertisées. Le Chapeauroux et les deux stations sur l’Allier sont jugés de bonne qualité alors que la station sur la Ribeyre à Langogne est classée de qualité médiocre. L’indice a été déclassé du fait du manque de diversité en termes d’espèces mais ne reflète pas la bonne qualité du peuplement observé. On notera la présence de chabots sur les 3 premières stations qui permet de renforcer la qualité de l’indice. Aucun saumon atlantique ou ombre commun n’a été observé sur ces stations. La densité des effectifs en truite et en chabot est en forte diminution mais n’atteint pas un niveau suffisant pour déclasser l’indice de qualité. A noter la présence de mulette perlière sur la station sur le Chapeauroux à Groslac en amont immédiat de la station, preuve d’une bonne qualité des eaux.
Les résultats sur le bassin du Lot et de la Colagne sont hétérogènes avec 3 stations en bonne qualité (Lot au Bleymard, Lot à Chanac et Bramont à Balsièges) et 1 en qualité médiocre (le Coulagnet). Le recrutement en truite fario et des autres peuplements a été quasi-absent sur tout le bassin (sauf sur le Coulagnet). L’indice IPR est dégradé sur cette seule station non pas à cause d’une perte de la qualité du peuplement mais dû aux conditions hydrologiques exceptionnellement très limitantes en 2022 sur tout le bassin de la Colagne (hors axe soutenu du cours principal de la Colagne). On note d’ailleurs que la note IPR du Lot au Bleymard et identique à l’année 2023. En complément à l’IPR, il faut également penser que la pkD a pu jouer un rôle important dans l’absence de recrutement du aux fortes températures estivales de 2022 (forte mortalité des truitelles). Pour rappel, la pkd est présente sur le bassin de la Colagne et sur le Lot à Chanac. La faible densité en truite fario sur cette dernière station peut être une source d’explication sur les cohortes 2 et 3+.
Enfin, les bassins du Bès et de la Truyère présentent deux stations avec l’indice « bon » (la Truyère à Ste Léger et le Bès à Marchastel) et deux de qualité médiocre (la Truyère à Serverette et la Rimeize). Les conditions de pêche étaient limitantes du fait de fort niveau d’eau et l’efficacité est moindre que sur les autres années. Les résultats sur St Léger du Malzieu, stables depuis plusieurs années, nous amène à la conclusion que la dérive typologique est réelle et que la Truyère sur ce secteur devrait être classée en milieu intermédiaire et non pas salmonicole malgré la présence de mulette perlière. Sur Serverette, les résultats sont non conformes à un milieu salmonicole fonctionnel du fait du déficit en termes de densité de truite. Il s’agit néanmoins d’une année exceptionnelle sur ce point. Sur l’Aubrac où la sécheresse a été la plus impactante pour les milieux, le résultat de l’IPR sur le Bès est bon malgré une faible densité en truite. La Rimeize se maintient en qualité médiocre avec une belle diversité mais de faible effectif comme les autres années.
L’année 2024 étaient une année « exceptionnelle » suite à la forte sécheresse estivale et hivernal 2022 et surtout à cause de l’impact des crues de printemps sur le recrutement. Globalement, l’Indice Poisson Rivière est stable sur quasiment toutes les stations. Pour en observer les impacts, il faut analyser plus précisément les densités en effectif et biomasse comme la biodiversité présente. En nombre d’espèces, on ne note aucune disparition. Par contre, en termes de densité, la reproduction a été impactée sur tous les secteurs et amènent à quelques déclassements d’indice. La biomasse a également chuté sur de nombreuses stations. Il s’agit avant tout de conséquences liées au manque d’eau (manque d’habitat disponible) et des températures élevées en 2022. Malgré tout, certaines stations situées sur des têtes de bassin versant présentaient de belles populations (Ribeyre, Brèze, Gardons, sources du Lot…), preuve de la résilience forte de certains écosystèmes aquatiques sur ce département de sources.